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Football marocain : des Lions triomphants, des clubs en crise 27


Football marocain : des Lions triomphants, des clubs en crise

Le football marocain offre aujourd'hui un paradoxe saisissant. D'un côté, les sélections nationales enchaînent les performances qui font rayonner le Royaume sur la scène internationale. De l'autre, le football des clubs, celui qui devrait constituer le socle de ces succès, traverse une crise profonde dont les symptômes deviennent chaque jour plus visibles. Depuis longtemps déjà année après année des solutions ont été imaginées sans impact véritable. L'évidence et que les saisons se suivent et se ressemblent. Il suffit d'observer ce qui se passe dans les tribunes, lors des assemblées générales ou même dans les rues pour constater que le climat est pour le moins délétère. Contestations permanentes, conflits internes, pressions sur les dirigeants, instabilité chronique, violence : les clubs marocains semblent être devenus les otages d'intérêts contradictoires où "les jamahirs", certains adhérents et parfois une partie de la rue imposent leur loi. La déstabilisation est devenue un véritable sport national. On fabrique et on défait des entraîneurs, des joueurs, des présidents et des comités dirigeants au gré des émotions, des réseaux sociaux ou des rapports de force. Dans un tel environnement, il est illusoire d'espérer construire un projet sportif durable et hautement productif. Les fondamentaux de la performance sont chaque jour transgressés. Cette situation ne peut plus durer. La Fédération Royale Marocaine de Football semble aujourd'hui ne pas disposer des moyens réglementaires, juridiques ou politiques nécessaires pour remettre de l'ordre dans un système devenu difficilement gouvernable. Les textes actuels montrent leurs limites, tout comme la loi 30-09 relative à l'éducation physique et aux sports, dont les insuffisances apparaissent de plus en plus évidentes face aux réalités du football professionnel. L'exemple des adhérents est révélateur. À l'origine, ce système devait permettre de doter les clubs d'une véritable assise populaire et financière, inspirée du modèle des *socios* espagnols. L'idée consistait à réunir des dizaines de milliers de supporters cotisants afin d'assurer des ressources régulières tout en démocratisant la gouvernance. La réalité est tout autre. Dans la majorité des clubs, le nombre d'adhérents est extrêmement réduit. Cette faiblesse permet à quelques dizaines, parfois quelques centaines de personnes seulement, d'exercer une influence considérable sur l'avenir d'institutions qui représentent pourtant des millions de supporters. Ce détournement de l'esprit initial a favorisé la constitution de petits clans capables de bloquer les décisions, d'imposer leurs candidats ou de provoquer des crises à répétition. Beaucoup se plaisent dans cette situation ou la confusion n'est jamais très loin et où une épée de Damoclès est constamment brandie. Sur le terrain, les résultats confirment les dysfonctionnements. Malgré des budgets en constante augmentation, les performances ne suivent pas. Les dépenses explosent. Les indemnités de transfert atteignent des niveaux parfois difficilement justifiables pour des joueurs dont le rendement reste très en deçà des attentes. Les effectifs des staffs techniques et administratifs se multiplient sans que cela ne se traduise par une amélioration des résultats sportifs. Le football marocain souffre aujourd'hui d'une véritable inflation des coûts, sans inflation des performances. Le constat est d'autant plus inquiétant qu'aucun joueur évoluant en Botola n'a réussi à intégrer l'équipe nationale qui a représenté le Maroc aux États-Unis. Ce simple fait résume à lui seul le problème. Le championnat national, malgré les investissements consentis, ne produit plus suffisamment de joueurs capables d'alimenter durablement les sélections nationales. Une situation qui interroge sur la qualité de la formation, du recrutement et de la gouvernance des clubs. La moyenne d'âge des clubs est un autre indice qui interroge. Elle est entre 27 et 28...Peu de joueurs jeunes ont accès à la compétition. Les entraineurs sont frileux à l'idée de faire confiance aux jeunes. Le public n'en veut pas non plus. Dans un tel contexte, il devient urgent de replacer le mérite, la compétence et la bonne gestion au cœur du football marocain. Les succès des équipes nationales ne doivent pas masquer les fragilités structurelles de la Botola à tous ses niveaux. Sans clubs solides, bien gérés, techniquement optimisés et financièrement responsables, les performances internationales risquent de ne constituer qu'une parenthèse. Pour sortir de cette impasse, plusieurs réformes mériteraient d'être engagées : * **Remplacer la loi 30-09** afin d'adapter le cadre juridique aux exigences du football professionnel moderne et du sport en général. * **Réformer le système des adhérents**, en l'ouvrant largement aux supporters et en fixant des règles de transparence empêchant toute prise de contrôle par de petits groupes d'influence. * **Instaurer un contrôle financier indépendant**, avec des audits obligatoires, des plafonds de dépenses et de véritables sanctions en cas de mauvaise gestion. * **Conditionner les subventions publiques et celles de la FRMF** au respect d'indicateurs techniques précis, de gouvernance, de formation et d'équilibre budgétaire. * **Mettre en place un véritable fair-play financier marocain**, limitant les dépenses excessives en salaires et en transferts. * **Valoriser la formation locale**, en récompensant les clubs qui développent et font jouer leurs jeunes plutôt que ceux qui privilégient les recrutements coûteux. Et pourquoi ne pas imposer un nombre de joueurs formés dans les clubs, un nombre de jeunes en deçà d'un certain âge dans les effectifs, dans les feuilles de match et sur le terrain * **Professionnaliser les dirigeants**, par des formations obligatoires en gestion, management sportif et gouvernance. Les élus devant déléguer leurs prérogatives à de véritables managers du football. * **Renforcer les pouvoirs de contrôle de la FRMF et de la Ligue professionnelle et celle des amateurs**, afin de garantir le respect des règles et d'assurer une plus grande stabilité institutionnelle. * **Mieux encadrer les relations avec les groupes de supporters**, afin de préserver leur rôle essentiel dans l'animation des stades tout en empêchant toute forme de pression sur les décisions sportives et administratives. Ne plus tolérer que des associations de supporters formées selon les lois en vigueur pour encadrer les spectateurs. * **Évaluer les dirigeants sur les résultats sportifs, financiers et la formation**, plutôt que sur leur seule popularité. Le football marocain possède des infrastructures modernes, une passion populaire exceptionnelle et une fédération qui a démontré sa capacité à porter de grands projets au niveau international. Il est désormais temps que cette réussite irrigue également les clubs et la Botola. Une grande sélection nationale ne peut durablement prospérer sans un championnat fort, crédible, bien gouverné et économiquement sain

Football marocain : des Lions triomphants, des clubs en crise

Le football marocain offre aujourd'hui un paradoxe saisissant. D'un côté, les sélections nationales enchaînent les performances qui font rayonner le Royaume sur la scène internationale. De l'autre, le football des clubs, celui qui devrait constituer le socle de ces succès, traverse une crise profonde dont les symptômes deviennent chaque jour plus visibles. Depuis longtemps déjà année après année des solutions ont été imaginées sans impact veritable. L'évidence et que les saisons se suivent et se ressemblent. Il suffit d'observer ce qui se passe dans les tribunes, lors des assemblées générales ou même dans les rues pour constater que le climat est pour le moins délétère. Contestations permanentes, conflits internes, pressions sur les dirigeants, instabilité chronique, violence : les clubs marocains semblent être devenus les otages d'intérêts contradictoires où "les jamahirs", certains adhérents et parfois une partie de la rue imposent leur loi. La déstabilisation est devenue un véritable sport national. On fabrique et on défait des entraîneurs, des joueurs, des présidents et des comités dirigeants au gré des émotions, des réseaux sociaux ou des rapports de force. Dans un tel environnement, il est illusoire d'espérer construire un projet sportif durable et hautement productif. Les fondamentaux de la performance sont chaque jour transgressés. . Cette situation ne peut plus durer. La Fédération Royale Marocaine de Football semble aujourd'hui ne pas disposer des moyens réglementaires, juridiques ou politiques nécessaires pour remettre de l'ordre dans un système devenu difficilement gouvernable. Les textes actuels montrent leurs limites, tout comme la loi 30-09 relative à l'éducation physique et aux sports, dont les insuffisances apparaissent de plus en plus évidentes face aux réalités du football professionnel. L'exemple des adhérents est révélateur. À l'origine, ce système devait permettre de doter les clubs d'une véritable assise populaire et financière, inspirée du modèle des *socios* espagnols. L'idée consistait à réunir des dizaines de milliers de supporters cotisants afin d'assurer des ressources régulières tout en démocratisant la gouvernance. La réalité est tout autre. Dans la majorité des clubs, le nombre d'adhérents est extrêmement réduit. Cette faiblesse permet à quelques dizaines, parfois quelques centaines de personnes seulement, d'exercer une influence considérable sur l'avenir d'institutions qui représentent pourtant des millions de supporters. Ce détournement de l'esprit initial a favorisé la constitution de petits clans capables de bloquer les décisions, d'imposer leurs candidats ou de provoquer des crises à répétition. Beaucoup se plaisent dans cette situation ou la confusion n'est jamais très loin et où une épée d'hamoclès est constamment brandie. Sur le terrain, les résultats confirment les dysfonctionnements. Malgré des budgets en constante augmentation, les performances ne suivent pas. Les dépenses explosent. Les indemnités de transfert atteignent des niveaux parfois difficilement justifiables pour des joueurs dont le rendement reste très en deçà des attentes. Les effectifs des staffs techniques et administratifs se multiplient sans que cela ne se traduise par une amélioration des résultats sportifs. Le football marocain souffre aujourd'hui d'une véritable inflation des coûts, sans inflation des performances. Le constat est d'autant plus inquiétant qu'aucun joueur évoluant en Botola n'a réussi à intégrer l'équipe nationale qui a représenté le Maroc aux États-Unis. Ce simple fait résume à lui seul le problème. Le championnat national, malgré les investissements consentis, ne produit plus suffisamment de joueurs capables d'alimenter durablement les sélections nationales. Une situation qui interroge sur la qualité de la formation, du recrutement et de la gouvernance des clubs. La moyenne d'âge des clubs est un autre indice qui interroge. Elle est entre 27 et 28...Peu de joueurs jeunes ont accès à la compétition. Les entraineurs sont frileux à l'idée de faire confiance aux jeunes. Le public n'en veut pas non plus. Dans un tel contexte, il devient urgent de replacer le mérite, la compétence et la bonne gestion au cœur du football marocain. Les succès des équipes nationales ne doivent pas masquer les fragilités structurelles de la Botola à tous ses niveaux. Sans clubs solides, bien gérés, techniquement optimisés et financièrement responsables, les performances internationales risquent de ne constituer qu'une parenthèse. Pour sortir de cette impasse, plusieurs réformes mériteraient d'être engagées : * **Remplacer la loi 30-09** afin d'adapter le cadre juridique aux exigences du football professionnel moderne et du sport en général. * **Réformer le système des adhérents**, en l'ouvrant largement aux supporters et en fixant des règles de transparence empêchant toute prise de contrôle par de petits groupes d'influence. * **Instaurer un contrôle financier indépendant**, avec des audits obligatoires, des plafonds de dépenses et de véritables sanctions en cas de mauvaise gestion. * **Conditionner les subventions publiques et celles de la FRMF** au respect d'indicateurs techniques précis, de gouvernance, de formation et d'équilibre budgétaire. * **Mettre en place un véritable fair-play financier marocain**, limitant les dépenses excessives en salaires et en transferts. * **Valoriser la formation locale**, en récompensant les clubs qui développent et font jouer leurs jeunes plutôt que ceux qui privilégient les recrutements coûteux. Et pourquoi ne pas imposer un nombre de joueurs formés dans le clubs, un nombre de jeunes en deçà d'un certain âge dans les effectifs, dans les feuilles de match et sur le terrain * **Professionnaliser les dirigeants**, par des formations obligatoires en gestion, management sportif et gouvernance. Les élus devant déléguer leurs prérogatives à de véritables managers du football. * **Renforcer les pouvoirs de contrôle de la FRMF et de la Ligue professionnelle et celle des amateurs**, afin de garantir le respect des règles et d'assurer une plus grande stabilité institutionnelle. * **Mieux encadrer les relations avec les groupes de supporters**, afin de préserver leur rôle essentiel dans l'animation des stades tout en empêchant toute forme de pression sur les décisions sportives et administratives. Ne plus tolérer que des associations de supporters formées selon les lois en vigueur pour encadrer les spectateurs. * **Évaluer les dirigeants sur les résultats sportifs, financiers et la formation**, plutôt que sur leur seule popularité. Le football marocain possède des infrastructures modernes, une passion populaire exceptionnelle et une fédération qui a démontré sa capacité à porter de grands projets au niveau international. Il est désormais temps que cette réussite irrigue également les clubs et la Botola. Une grande sélection nationale ne peut durablement prospérer sans un championnat fort, crédible, bien gouverné et économiquement sain.